Le perfectionnisme : un cercle vicieux ou vertueux?

par

Perfectionnisme = excès = insatisfaction ?

“Le perfectionnisme est une forme d’excès qui induit généralement un sentiment d’insatisfaction.”

Issue d’un article traitant du développement personnel, cette affirmation pousse indéniablement à se poser quelques questions… :

  • Sommes-nous réellement ici dans le domaine des excès ?
  • La perpétuelle quête de perfection est-elle une qualité ou, au contraire, un défaut ?
  • L’insatisfaction (parfois chronique) se doit-elle d’être la seule issue possible ?
Perfection

Une simplification de l’approche mène ici à ne se concentrer que sur l’une de ces sous-thématiques, à savoir, le perfectionnisme.

En perpétuelle quête de l’idéal de soi, des autres, des choses, le perfectionniste ère souvent entre amertume d’un non-abouti et joies éphémères de l’absolu finalement atteint.

Avantage ou inconvénient ? Force ou faiblesse ? Tout ne dépend pas que de la volonté de celle ou de celui qui dispose de ce trait de caractère particulier. Car, en effet, d’autres facteurs influencent indéniablement les possibilités de potentielles actions à entreprendre, indispensables (ou non !) à un meilleur équilibre de vie.

Perfectionnisme : deux origines, deux catégories, trois formes

Aux fins de bonne compréhension du phénomène, il convient de parvenir à se situer dans une sorte d’espace tridimensionnel, où se rencontrent trois facteurs clés.

Le perfectionnisme trouverait son origine à deux niveaux :

  • L’inné : mode de fonctionnement lié au désir de bien faire, à la discipline, à la rigueur, …
  • L’acquis : expériences vécues durant l’enfance (dont via les parents), par un environnement professionnel exigeant, …
Un père enseigne à sa fille
Accomplissement de soi

Cette classification amène en parallèle deux catégories de perfectionnisme :

  • Le perfectionnisme porteur / sain / vertueux, avec pour objectif, la construction de quelque-chose (forme d’accomplissement de soi)
  • Le perfectionnisme pesant / nuisible / vicieux, qui vise à obtenir de la valorisation par autrui (source intarissable d’insatisfactions)

Ainsi, le perfectionnisme peut prendre trois formes :

  • Par rapport à soi-même : “je dois être parfait”
  • Par rapport aux autres : “ils doivent être parfaits”
  • Par rapport à son propre imaginaire : “je pense qu’ils pensent que je dois être parfait”
Une femme pense

Ces trois dernières formes impliquent individuellement certaines difficultés, tant avec soi-même que dans sa gestion des relations avec les autres :

  • Forme n°1 : insatisfaction de ce qui est produit -> dévalorisation personnelle -> perte de confiance et d’estime en soi, procrastination et sentiment d’infériorité (et donc, d’appartenance)
  • Forme n°2 : insatisfaction de ce qui est reçu -> agacement -> incompréhension, voire rejet des autres (“Pour qui se prend-il/elle ?”)
  • Forme n°3 : Insatisfaction multidirectionnelle -> anxiété accrue et développement du syndrome de l’imposteur -> isolement, rejet par les autres

A noter que ces moteurs, qui peuvent s’avérer particulièrement performants, sont souvent nourris par des carburants qui ne le sont pas moins, tels que le besoin de reconnaissance (véritable addiction au retour positif d’autrui), ou encore, l’aversion pour la déception (de soi-même, des autres ou des choses).

Des inconvénients…

L’inconvénient majeur du perfectionnisme réside en la propension qu’il puisse considérablement affecter l’estime et la confiance en soi.

En effet, si l’objectif parfait, le niveau d’exigence auto-posé que l’on s’est fixé, n’est pas atteint, un sentiment de culpabilité peut naître assez facilement.

En outre, il survient alors une vision exagérément augmentée des imperfections, induisant alors une minimisation des résultats obtenus, et, en finalité, une dévalorisation par rapport aux autres. De surcroît, ces derniers auront parfois tendance à vous considérer comme étant faussement modeste, renforçant alors le phénomène de rejet, et donc, de perte de confiance et/ou d’estime en soi.

Manque d’efficacité

A force de s’impliquer à outrance dans des détails en vue d’atteindre un idéal potentiellement improbable, le risque de manque d’efficacité globale est particulièrement grand.

Immobilisme

Stop

Lorsque le perfectionnisme atteint son paroxysme, le piège de l’immobilisme guète.

La perpétuelle recherche du “plus” ou du “mieux” se mue en véritable frein pour le développement de certaines tâches, de certaines missions.

L’asphyxie du projet ou de la démarche est alors implacable…

La recherche de perfection implique toujours plus, et augmente donc considérablement le risque de report de tâches.

Leurre

La sensation perpétuelle d’une nouvelle amélioration possible, d’un idéal sans doute tout proche, presque visibles ou palpables, induit un risque d’écran invisible qui se dresse face à une réalité que l’on ne distingue alors plus.

Réactions physiologiques

Dans le meilleur des cas, l’anxiété sera silencieuse, peut-être comblée par certaines aptitudes à la résilience.

Dans les cas contraires, l’agressivité prendra facilement le dessus.

Au pire, la fatigue s’accumule et l’épuisement, tant physique que moral, s’installe.

Un homme épuisé

… mais aussi des avantages !

Le constat de potentiels inconvénients, majeurs pour la plupart, ne doit aucunement masquer qu’il existe aussi de nombreux avantages à bénéficier de cette grande qualité que peut être, aussi, le fait d’être perfectionniste !

Ainsi, un individu jouissant de cet atout pourra aisément être qualifié d’être une personne :

Ambitieuse

La volonté intrinsèque d’en vouloir sans cesse plus, d’aller plus loin ou plus en profondeur, est souvent appréciable et appréciée (dont dans un environnement professionnel).

Dynamique

Au sein d’un groupe, parfaire l’existant apporte certains piliers essentiels aux fondement du dynamisme.

C’est alors la noix de beurre dans les épinards, les gouttes d’huile dans le rouage, qui rendront l’ensemble meilleur, plus fluide, voire plus accessible… et donc globalement plus apprécié !

Le leadership est d’ailleurs tout proche !

Persévérante

Comment ne pas associer la notion de perfectionnisme avec sa lointaine cousine, à savoir, la persévérance ?

Aller plus loin, plus avant, plus haut, avec volonté et détermination : voilà bien des voies plaisantes et porteuses pour des projets importants et ambitieux, portés par celles et ceux qui sont persévérants dans leurs efforts !

Fiable

Il sera beaucoup plus aisé d’accorder sa confiance en quelqu’un qui se soucie du détail, en écartant presque naturellement ce qui lui semble hasardeux. Gage de fiabilité assuré !

Rigoureuse

Le souci de l’exactitude, de la précision, de la quête de qualité, forcent le respect. Cette rigueur, souvent nécessaire, rarement acquise, offrent de belles perspectives, tant au niveau des relations humaines que des réalisations matérielles.

“Tu fais quoi dans la vie?”

“Je fais de mon mieux…”

(Auteur inconnu)

Perfectionnisme et Haut Potentiel

Une personne perfectionniste est-elle nécessairement Haut Potentiel ? Une personne Haut Potentiel est-elle nécessairement perfectionniste ? La double réponse est : non.

En outre, si cette particularité apparaît effectivement souvent au niveau de la personnalité des HPI et HPE, elle concerne davantage celles et ceux qui sont concerné(e)s par le HPC – Haut Potentiel Créatif (sans pour autant toutefois que cela soit obligatoirement le cas).

A lire

A ce sujet, les lecteurs et lectrices de cet article ont aussi lu “Haut Potentiel : appellations et approche”

A l’inverse, le perfectionnisme n’implique pas systématiquement un fonctionnement de Haut Potentiel. Cette caractéristique peut en effet simplement se retrouver parmi tant d’autres, comme dans tout fonctionnement psychologique spécifique. Parfois, ce dernier peut toutefois être caractérisé comme étant un trouble de la personnalité (tel l’obsession compulsive, …), ou comme un simple aspect du comportement.

Les implications ont une importance souvent décuplée pour l’individu Haut Potentiel :

  • Autocritique exacerbée
  • Volonté, exigence de dépassement de soi permanent (souvent inconscientes !)
  • Perpétuelle recherche de ce que l’on n’a pas, sans réaliser ce que l’on a (parfois même jusqu’à l’épuisement)

De près ou de loin, le perfectionnisme touche de nombreuses caractéristiques liées au mode de fonctionnement du Haut Potentiel.

Quelques exemples choisis :

Que ce soit via son propre regard ou celui des autres, il persiste cette perpétuelle exigence que l’intelligence doit forcément mener à la perfection.

L’intelligence (de situation) ne serait-elle pas justement celle qui détermine l’instant, le point auquel il convient de s’arrêter ?

Lorsque présent, le HP aura toujours cette fâcheuse tendance à vouloir en faire beaucoup (et souvent trop !) pour compenser ce soi-disant manquement.

Le cercle vicieux est alors à portée de mains. Car ce même sentiment de manquement est malheureusement renforcé par ce perpétuel sentiment de ne jamais être capable d’atteindre le niveau de qualité soi-disant nécessaire. La reconnaissance des autres n’est donc, soi-disant encore, pas méritée. La boucle est bouclée…

La crainte obsessionnelle de l’échec

… induit un objectif totalement opposé : la perfection. Et donc, des objectifs surdimensionnés, trop ambitieux. Et donc, souvent inatteignables.

Nouveau cercle vicieux, à briser, impérativement !

Route sans fin

Le souci du détail

Si parfois considéré comme contraignant, le souci du détail offre toutefois l’opportunité de nourrir, certes inconsciemment, la construction de l’un des piliers de la personnalité du HP : la fameuse intuition.

Dans ces conditions, il y a fort à parier qu’afin de trouver son équilibre, une personne HP se devra de trouver une juste mesure entre son besoin fréquent de challenge et sa satisfaction de la réalisation effective.

A noter enfin qu’il existe un grand paradoxe entre deux caractéristiques potentielles du mode de fonctionnement HP, que sont le raisonnement global et le perfectionnisme. En effet, l’on passe ici antinomiquement du plus général au plus petit détail…

En définitive, il convient finalement d’appliquer certains trucs et astuces, non pas pour combattre le perfectionnisme, mais bien l’utiliser à bon escient.

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